Coup de foudre à Mae Hong Son


Le trajet Chiang Mai/Mae Hong Son c’est 6h de bus dans les montagnes, à tourner, encore et encore. C’est malgré tout le plus beau trajet que j’ai pu faire, des paysages à couper le souffle. Pendant le trajet, on se fait arrêter par des policiers qui contrôlent l’identité des voyageur.ses. Alors que je prépare mon passeport et étant la seule blanche, je m’attends à être la première visée. Finalement je serai la seule à ne pas être contrôlée, je comprendrai pourquoi un peu plus tard.


Vue lors de mon repas

Tomber en amour pour une vue

Je venais d’arriver dans la petite ville, située au nord ouest de la Thaïlande, près de la frontière birmane. Il devait être 16h et je n’avais encore rien avalé de la journée, si ce n’est un thé trop chaud. Après avoir déposé mon sac à l’hostel et échangé avec un américain qui parlait beaucoup trop vite malgré mes « can you speak slowlyyyy pliiiz ? », je me suis dirigée vers le lac, qu’on m’avait vanté auparavant.

Je marchais doucement vers le lieu, des thaïlandais.es commençaient à installer leur stand de nourriture, le night market prenait forme. Entre deux ou trois stands, j’apercevais doucement le lac, puis les montagnes, puis les couleurs et le temple non loin. Toujours subjuguée par ce panorama, je m’étais décidée à manger un pad thaï (best meal ever). La grand-mère me montrait du doigt des petites tables basses, posées sur des tapis, sans chaise, devant le lac. Je comprenais donc que c’était ici que j’allais manger.

J’ai eu besoin d’un certain temps avant de me remettre de mes émotions tant le panorama était incroyable. Je m’attendais tellement à tout, sauf à ça. Se dégage dans cette petite ville une atmosphère douce, romantique, chaleureuse et poétique. Les locaux sont nombreux autour du lac, à donner du pain aux pigeons et aux poissons, les parents jouent avec leurs enfants et les commerçants font leurs meilleurs plats.


A la recherche d’aventure

Je n’avais jamais entendu parlé de cette région avant, c’est à Chiang Mai que des voyageuses m’ont fait l’éloge de ce coin. Mon itinéraire prévoyait que je file à Chiang Rai, mais ni une ni deux, mon bus était réservé pour ce coin où la nature est reine.

Après quelques échanges sur place, j’avais appris qu’il était possible de faire de la randonnée dans la région et qu’il y avait des lieux incroyables (cascades, jungle, village traditionnel…). Lors de ma deuxième journée, je m’étais donc décidée à faire le tour des agences afin d’avoir un guide et surtout un groupe avec lequel partir. Les voyageurs.ses rencontré.es à l’auberge venaient de finir leur randonnée à mon arrivée…. Alors que je quittais une agence bredouille, aucun groupe de prévu le lendemain, quatre jeunes voyageurs.ses entraient. Ils souhaitaient également partir en randonnée dès le lendemain. En l’espace de cinq secondes, mon monde s’éclaira. Armée de mon plus beau sourire et d’un peu de culot, je leur demandais si je pouvais me joindre à eux, ils acceptèrent. Rendez-vous demain à l’agence, 9h.


Une journée & quatre coins

Après avoir bouclé la randonnée du lendemain, je continuais à me balader dans Mae Hong Son. Le visage au soleil, la peau qui frétille lors d’un coup de vent et toujours le même plaisir à longer les petites rues. Je m’étais mise à entendre une conversation entre deux voyageuses et un commerçant. L’oreille toujours plus vive face au français, je comprenais qu’elles voulaient aller visiter les lieux incontournables de la région. Toujours armée du même culot, je m’arrêtai. Vingt minutes plus tard, j’étais donc en route avec elles et le chauffeur (le scooter est très utilisé par les touristes ici, mais j’étais pas encore à l’aise) auquel nous avions loué les services.

Ici et là nous nous étions baladées

Les plantations de thés, dans lesquelles nous avions rencontré des locales travailler. Deux femmes et deux enfants qui cavalaient entre les plantes, aucune communication possible si ce n’est le sourire. Nous étions arrivées ensuite dans un petit village chinois où nous avions mangé une soupe et un thé dans un petit biou-biou.


Des magnifiques bambous, une cascade et un lac somptueux où la lumière du soleil se réfugiait.


Pour terminer cette deuxième journée, nous étions allées au pont en bambou. De toute ma vie, je n’avais jamais été aussi époustouflée et apaisée par ces couleurs. Le soleil se couchait et offrait un paysage reposant de la campagne thaïlandaise.


la randonnée inattendue

Nous commencions la randonnée dans un petit village Hmong, le guide étant originaire du village Karen plus loin dans la montagne, il connaissait parfaitement les différentes ethnies et semblait être apprécié. Pendant notre visite, nous découvrons la petite école, les différentes habitations. Le village était dépourvu d’eau courante et d’électricité. Je ne prenais pas beaucoup de photo ici, seulement 5 ou 6 car en observant l’environnement, je réalisais que je n’étais pas très à l’aise avec l’idée de photographier autant de pauvreté. Les habitants semblaient très heureux de vivre ici et surtout tenaient particulièrement à leurs traditions et cultures. Mais l’idée de prendre en photo des gens dans des conditions de vie aussi difficiles ne me rendait absolument pas fière et surtout… non je n’étais pas à l’aise. Peut-être que pour une personne qui connaît davantage cette ethnie et qui a un message à faire passer à travers des photographies, cela est plus légitime. Mais quel serait mon message ? « Voilà je me suis rendu compte des fortes inégalités du monde ici, quelle horreur ! » ? Non. Alors je m’étais contentée d’observer, de sourire et de rester attentive aux informations du guide.


Nous continuions notre randonnée à travers les champs. Le guide expliquait qu’ici, le rendement des choux était si faible, que les paysans ne prenaient pas le temps de les ramasser. Il ne servait à rien de prendre le temps de les ramasser, les emmener à la ville pour les vendre à perte. Nous traversions donc ces champs laissés à l’abandon.

Petite pause déjeuner dans cette petite cabane, à l’ombre.

Après une petite pause, nous reprenions notre chemin afin de rejoindre le village Karen où le guide vivait. Le paysage était incroyable, les couleurs, les montagnes. Sur notre route, nous croisions des femmes travailler. Le guide expliquait qu’ici, c’était les femmes qui travaillaient ET s’occupaient du foyer.

Village Karen

Vers 16h, nous arrivions à destination. Il existe plusieurs groupe Karen : Karen Rouge, Karen Blanc … Le village où nous étions était un village Karen Blanc. Maison sur pilotis, toujours pas d’électricité. Petite douche dans une cabane à l’aide d’un seau et d’eau bien fraîche, puis dîné tous ensemble. Un régal. Beaucoup d’animaux de la ferme dans le village, cochons, vaches, poules et coqs.

Nous dormions chez la sœur du guide. Absence de lit (il me semble que ce soit culturel), au sol sous une moustiquaire, je m’enroulais dans une couette et me réveillais régulièrement dans la nuit à cause de douleurs aux hanches. Réveillée beaucoup trop tôt par LES coqs du village, je rejoignais les parents du guide qui étaient en train de toaster du pain sur le feu. Il faisait frais et le petit chiot du village s’était posé près de la chaleur avec nous.

Début des hostilités

Deuxième journée. Sur la route, le guide expliquait que les villages de la minorité ethnique Padaung, plus couramment appelée Femme Girafe, ne devaient être visités sous aucun prétexte. Ce sont des femmes portants un collier spirale autours du coup, toujours plus long avec l’âge. Cette ethnie a fuie la Birmanie afin de fuir le régime militaire répressif et de se réfugier en Thaïlande. Le problème, c’est que cette ethnie est parquée au nord ouest de la Thaïlande, sans aucun droit, ni celui de travailler comme de se déplacer. Voilà pourquoi, j’ai été la seule à ne pas être contrôlée par les policiers lors de mon arrivée à Mae Hong Son. Pire encore, il existe de faux village Padaung dans la région, où elles sont clouées, et où des Thaïlandais emmènent des touristes. Une sorte de zoo humain à ciel ouvert. Il existe de véritables camps de réfugiés où il est préférable de se rendre si vous voulez les rencontrer et pourquoi pas acheter certaines de leurs créations.

Jungle luxuriante. J’ai cru que j’allais mourir, au mois 3 fois. J’étais avec quatre voyageur.ses expérimenté.es, ayant fait déjà plusieurs treks dans leur vie, voir depuis l’enfance. Aller j’commence déjà à me justifier, ahah ! Je n’avais jamais enfilé une paire de basket pour crapahuter dans la montagne. Je m’étais retrouvée à escalader la montagne avec la rivière juste en dessous, parcourir la jungle, m’accrocher à des lianes afin de descendre ou monter des pentes beaucoup trop raides, traverser des rivières à pied. Mais je tenais, j’étais allée jusqu’au bout. Non sans mal, car j’avais craqué deux ou trois fois.

Vertige

Respirer un bon coup et avancer, je sais faire. Prendre sur moi, voir plus loin, me donner des objectifs, ne pas abandonner. Je sais faire. La hauteur, le vide et je craque. Aucune confiance en mes appuies, le vide à 30cm de mes pieds. J’avais beau respirer et même crier pour me mettre un coup de pied au cul, j’ai fini par pleurer. Alors pas des pleures de petite chose qui se met en PLS et refuse d’avancer. Mais des pleures parce que je dépassais mes limites, des pleures parce que j’étais allée plus loin que ce que mon corps n’avait jamais fait. Alors clairement, je criais et pleurais en posant un pied devant l’autre, je fuyais du regard le vide, j’avais les jambes tremblantes mais je n’abandonnais pas. Voilà l’une de mes plus grandes fiertés personnelles.

A aucun moment je n’envisageais d’abandonner. Ça ne me traversait pas l’esprit. Et ça, j’en suis quand même pas mal satisfaite à l’heure où j’écris. C’est vrai, j’aurais pu avoir l’idée une petite seconde, d’arrêter. De dire stop, prenons un chemin plus cours, plus facile, une voiture, quelque chose quoi ! Nous étions au milieu de la jungle thaïlandaise et dans ma tête c’était « marche ou crève Mélo ». Le guide et les 4 autres voyageur.ses, Maëlle, Ludo, Claire et César étaient d’une patience et d’une bienveillance incroyable. J’étais quand même pas mal impressionnée car pour les cinq, c’était clairement une promenade de santé, j’en rigole à l’instant !

Après cette randonnée de deux jours, une question m’est restée. Les villages isolés, les ethnies et la pauvreté sont-elles à visiter ? Doivent-elles faire parties de circuit touristique ? Quels sont les impacts, qu’ils soient positifs ou négatifs ? Et la légitimité dans tout ça ? Pour sûr, même si les rencontres que j’ai faites dans les villages Hmong et Karen étaient bienveillantes et respectueuses, je ne pense pas réitérer ce type d’ « activité ». On reste loin du naturel tout de même.


« Pour aller plus haut, aller plus haut

Où l’on oublie ses souvenirs

Aller plus haut, aller plus haut

Se rapprocher de l’avenir »

Tina Arena quand même

Mae Hong Son, du 27/11 au 01/12, cinq jours

4 commentaires sur “Coup de foudre à Mae Hong Son

  1. Tu m as fais voyager à travers ce récit .super 😉
    J en veux encore ..beau parcours et beau séjours
    Tu a l air d étre une belle personne ..Je connais ta maman et elle peut etre fière de toi
    Bizoo ancienne voisine 😉😍😘

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