Souvenir d’un futur

J’ai marché sur les recoins de différents océans, j’ai traîné mes jambes sur des kilomètres de plage, j’ai nagé dans des eaux froides et des eaux chaudes, j’ai plongé aussi profondément que je le pouvais, j’ai laissé des poissons me tourner autours, j’ai dormi sur des côtes et je me suis laissée subjuguer par les paysages qu’offrent les océans. Vous avez l’image magnifique en tête là, vous croyez rêver et vous avez raison. Tout cela n’est qu’un leurre, car soyons honnêtes quelques minutes, j’ai vu des tas de merde que l’être humain est capable d’abandonner, même si on peut se demander qui est la merde dans tout ça. Mais je divague… J’ai longé des hordes de déchet que l’océan rejette, j’ai nagé près de sacs en plastique qui voguaient sur les eaux, j’ai laissé des pailles s’entremêler à mes cheveux et des gobelets en plastique me caresser l’épaule. Admirer le soleil se coucher devant moi, me demandant à qui la faute et tomber sur mon reflet en baissant le regard sur l’eau.

J’ai pris en photo des tas d’immondices, parce que je voulais mettre au pilori l’être humain et son inconscience. Je voulais écrire un tas de ligne sur ce sujet qui me répugne, exprimer au monde entier ce que je ressens et tenter de réveiller les gens.


Apprécier les silences

Puis je me suis demandée qui j’étais ? Non sérieusement, qui suis-je pour avoir la décence de penser que j’ai quelque chose d’intéressant à écrire sur ce sujet qui nous dépasse tous.tes ? Juste parce que je trie mes déchets, mange végétarien, achète mes lentilles en vrac et tente de moins consommer ? Non, vraiment, parfois je pense qu’il est bon de savoir fermer sa gueule. Parce que comme tout le monde, je pollue, il m’arrive de rouler en diesel, de manger un gâteau industriel et d’acheter un t-shirt qui a nécessité 2700L d’eau pour sa fabrication. Ne crois pas que selon moi seules les personnes irréprochables peuvent l’ouvrir, non. Mais au moins les personnes qui maîtrisent le sujet et ont quelque chose d’intéressant à apporter à l’édifice. Mais elle est où ma pierre ? Je vais plutôt la garder pour mes réflexions sur l’amour de soi et la sérénité intérieure. C’est pas parce que je follow National Geographic, que je like une vidéo de Brut, le tout entre le like d’une vidéo de chat et une pote qui m’identifie sur une photo d’bite, que j’ai quelque chose de constructif à apporter sur le sujet. Publier un article sur le plastique et l’écologie juste pour crier au monde entier que j’le comprends pas, que ça m’bute de voir des gens jeter leur mégot par terre et que j’suis blasée de voir les industriels se noyer sous le fric plutôt que les engagements, à quoi bon ? Je n’ai absolument aucune légitimité à écrire pour te faire culpabiliser d’avoir acheté ce dernier iPhone.



Les flammes qui vivent

Toi et moi sommes similaires. Nous lisons, regardons, écoutons les mêmes choses. Qui aujourd’hui peut affirmer qu’il ne sait pas ? Il y a donc aussi cette idée selon laquelle je n’ai pas envie de te prendre pour un.e idiot.e. Tu sais, tu vois et tu entends. T’as capté tout ce qui n’allait pas : les poissons en plastique, les baleines échouées, les tortues borgnes … tu l’sais. On est baignés.es dans un surplus d’informations, alors en 2020 il est hors de question de laisser l’ignorance crier plus fort. Mes mots trempés d’émotions ne vont pas changer la face de c’monde et puis crier, j’ai déjà trop fait. J’ai mal à la gorge, j’ai mal à la tête, j’ai mal à mon monde. Puisque c’est mon monde qui s’écroule, ce sont mes envies et mes rêves d’un doux futur qui s’envolent avec. C’est toute une jeunesse qui vit dans la perpétuelle angoisse d’une fin du monde, surtout qu’à ce jour nous ne pouvons plus dire « plus tard » puisque demain est aujourd’hui. On reproche à notre génération notre peur de l’engagement, nos idées éphémères et le fait qu’on ne cherche plus quelque chose de stable mais plutôt quelque chose qui nous fasse vibrer. Vibrer pour mieux ressentir, ressentir des émotions pour exister davantage dans une société qui s’effrite. Mais comment construire quelque chose de solide sur un sol humide, bancal, sous lequel toutes les fondations sont pourries jusqu’à l’os ? Comment se projeter dans vingt ans quand on sait qu’il n’y aura pas de 2040 ? On nous reproche à nous, à nos frères et sœurs, nos ami.es et nos plans cœurs, que nous ne sommes pas dignes de confiance et encore moins solides. Mais nous sommes nés.es sur une terre déjà brûlée. Nous en sommes uniquement le reflet, nous sommes des flammes, des lampions, des bougies, des lucioles, nous sommes la lumière et le feu. Nous nous tuerons ou nous réussirons. Mais ce ne sera pas de notre responsabilité, il était déjà bien tard en 1990. On a les épaules si lourdes de responsabilités qui ne nous sont pas dues, le dos courbé par un passé qui nous pèse et qui n’est pas nôtre, une vision atrophiée par notre fureur de vivre et notre peur de l’échec. Et malgré tout, nous sommes toujours debout. Et puisque tu n’es ni aveugle ni sourd.e, je ne vais pas écrire que tu fais d’la merde en achetant cette énième paire de pompe ou en consommant des fraises en janvier (fin si ça t’abuses quand même). J’écris pour m’apaiser et pour donner aux gens de la force, je n’écris pas pour faire culpabiliser. Alors je ne vais pas te prendre pour un.e idiot.e plus longtemps, tu sais la même chose que moi. Le plastique c’est tabou, on en viendra tous.tes à bout. Ou pas.

Nous sommes ces enfants lâchement abandonnés.es, nous sommes nos douces illusions brisées. Nous sommes nos souvenirs d’un futur qui n’est pas.

4 commentaires sur “Souvenir d’un futur

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